Commérages

Sur cette page sont postés les articles en forme de dialogues fictifs entre le compère et la commère. Ils causent ici de spiritualité, de croyances, de chrétienté et autres sujets philosophiques transcendants :-)

le 9 février 2011-Arthur

- Compère, qu'as-tu vu?
- Commère, j'ai rien vu mais j'ai entendu.
- Compère qu'as-tu entendu?
- ...qu'un certain Arthur, un jeune gars de 27 ou 28 ans, cherche à connaître qui est l'auteur de ses jours.
- Tiens donc! Son père et sa mère pardi!
- Bin non justement...
- Le Saint Esprit peut-être?
- Commère, tu blasphèmes! Laisse-moi t'expliquer. Tu sais qu'on est au 21e siècle maintenant et que la reproduction humaine n'est plus ce que c'était. Arthur a été fabriqué, ou conçu si tu veux, dans une éprouvette qu'on a secouée pour faire rencontrer un oeuf de femme et une semence d'homme, que l'embryon une fois constitué a été implanté dans l'utérus d'une femme pour qu'il s'y développe. Ensuite, c'est comme avant.
- Donc pour Arthur, sa maman c'est pas sa mère et son papa c'est pas son père.
- Voilà. Encore que pour Arthur, sa maman c'est sa mère biologique aussi, je crois. Mais pour son papa, c'est là le problème. L'homme qui l'a élevé est son papa mais pas son père. Tu y es?
- J'y suis. Tout compte fait, c'est un peu comme notre Jésus de Nazareth. Son papa, c'est Joseph le charpentier, et son père, c'est Dieu en personne. C'est ce qu'il disait en tout cas. Il ne mentionne jamais son papa.
- Commère, tu blasphèmes encore! Je disais donc qu'Arthur cherche à savoir qui est son père biologique. Et alors, on le lui interdit. La loi prétend qu'il n'a pas besoin de savoir puisqu'il a un papa. Je l'ai entendu parler, ce jeune homme, de mes propres oreilles, Commère! D'un ton assuré il a fait état de son problème avec véhémence et une grande lucidité. Il a essayé de faire comprendre au journaliste de la radio la différence entre eux, lui l'animateur a un papa et un père qui sont la même personne, et lui Arthur, il en a deux. Et maintenant comme il y a une grande quantité de gens dans son cas, il disait 'nous' pour signifier que les bébés-éprouvettes sont maintenant une classe de gens à part...
- Il y aurait donc plein de petit Jésus?... oui oui, je blasphème! Continue!
- Non, bin voilà, c'est tout. J'ai entendu que la loi interdisait à quelqu'un de savoir qui est son père biologique. C'est dingue!

le 13 mars 2011-Le papa du petit Jésus

- Tu sais, Compère, l'autre jour tu parlais du papa adoptif d'un jeune homme conçu dans une éprouvette du sperme d'un quidam...
- Oui Commère, et qu'on interdit à ce pauvre garçon de connaître son père génétique. Quel tas de mensonges!
- Comment ça?
- Eh bien, on fait semblant de croire que l'héritage génétique, c'est rien du tout. De mon point de vue, Commère, c'est une régression de civilisation. Les peuplades primitives trouvées par les Européens dans les siècles précédents n'avaient pas fait le lien entre l'acte sexué et l'appartenance à une 'famille'. Sauf les peuples pasteurs, bien sûr, qui avaient vu faire leur bétail. Un veau n'a pas de papa adoptif!...
- Ah ah ah ah! LOL!
- ...mais il a des tas de caractéristiques du taureau qui est son père. Nous avons tous un patrimoine génétique certain et sûr et même traçable maintenant par l'analyse de notre ADN.
- Ah bin, Compère, il n'a qu'à se faire 'adénisé', le jeune gars Arthur de l'autre jour. Il pourra comme ça retrouver son géniteur... sans vexer son papa adoptif. Parce que c'est peut-être ça, le problème. Son papa adoptif l'a élévé, l'a nourri, l'a choyé, aimé, éduqué. Il lui a transmis un patrimoine culturel et social.
- Oui mais il ne lui a pas transmis son patrimoine génétique. Beaucoup plus indélébile qu'un patrimoine culturel.
- Compère, que dis-tu? Indélébile!!! Tu veux dire que ce qu'on apprend, ça peut s'éffacer mais que le tempérament qu'on a, ça ne s'efface jamais.
- Oui Commère, c'est ce que je veux dire. Nous sommes 'codés' à la naissance par les gènes de nos père et mère. L'éducation là-dessus n'est qu'un vernis plus ou moins épais, qui s'effrite à la moindre intempérie de la vie.
- C'est sans doute pour ça que le petit Jésus n'est jamais devenu charpentier.
- Commère, tu me fais rire!
- Dans les évangiles, on donne le lignage paternel de Jésus par Joseph qu'on fait remonter jusqu'au roi David. C'est pour ça que certains contemporains de Jésus l'appelle 'fils de David'. Dans ce cas, Joseph serait le vrai père de Jésus. Or, Compère, tu me suis, il se donne comme étant le fils de Dieu en personne.
- Tu me l'as déjà dit. Tu y crois, toi, à cette histoire?
- Bin non, Compère, bin non. Je n'y ai jamais cru. Le papa du petit Jésus est bien Joseph de Nazareth. On ne connaît rien de sa vie à lui, Joseph. Jésus n'en parle jamais, n'en pipe pas un seul mot. Il ne fait jamais référence à son papa. Pourquoi d'après toi?
- Aucune idée, Commère.
- Il devait être plus vieux que sa femme, peut-être d'une vingtaine d'années, car il était déjà mort quand Jésus a été mis en croix. C'est une dame mélanésienne qui m'a dit ça un jour. Elle m'a fait comprendre que Joseph devait être déjà mort car Jésus sur la croix a confié sa mère à Jean, un apôtre. Il n'aurait pas eu besoin de faire ça si Joseph était encore vivant à ce moment-là.
- Ah oui... Mais si Joseph est son papa, il reste quand même que ce n'est peut-être pas son père...
- Là, Compère, c'est toi qui blasphèmes!


le 11 avril 2012-La branche de buis

- Alors commère, tu as mis ta branche de buis bénit sur la tombe de tes ancêtres?
- Bin non, compère!
- Comment ça?!... tu oublies ta religion?
- Bin oui, compère! Tout ça, c'est du rituel quasi fétichiste, d'aller poser un brin de buis aspergé d'eau bénite sur une tombe, tu parles! C'est pas pour moi.
- Pourtant c'est une tradition de chez nous!
- Oui oui, je sais. Je l'ai toujours vu faire et cette année encore il y avait du monde dans les cimetières le jour des Rameaux, le dimanche avant Pâques. Peut-être même que les gens le font sans savoir à quoi ça rime, à quoi ça se réfère.
- Peut-être bien!... tu as pas de buis chez toi?
- Mais si, compère, j'en ai plein. J'adore l'odeur du buis, j'aime voir cet arbuste pas comme les autres rester vert toute l'année et fleurir en automne. C'est sans doute pour ça qu'on le met sur les tombes, parce qu'il ressuscite quand les autres s'endorment...
- Ah oui, mais attends, commère, le rituel du brin de buis bénit, c'est aux Rameaux pas à Pâques, tu confonds tout!
- Mais non... j'ai entendu le pasteur parler de ça, du jour de l'entrée de Jésus à Jérusalem la semaine d'avant son exécution. Les gens mettaient des rameaux et même leur manteau par-terre en guise de tapis rouge pour que le 'maître' passe dessus assis sur son petit âne.
- Et alors?
- On oublie que ce jour-là, il a aussi maudit un figuier et foutu le bazar dans le temple...
- Qui? le pasteur?
- Ha! ha! ha! Fais pas l'andouille, compère!!!
- Non, mais à quoi tu veux en venir, commère?
- Je sais pas exactement... au fait que les rites vidés de leur sens n'ont plus rien à voir avec la spiritualité...
- Bin, fallait le dire tout de suite!
- La spiritualité est un instinct humain, tu comprends. Elle se traduit par l'invention de rites, de rituels en tout genre, mais à la base c'est une transcendance instinctive.
- ...une transcendance instinctive! Alors là, commère, tu m'en mets plein la vue... tu ne serais pas en train de blasphémer???
- Depuis l'aube des temps, depuis qu'on a des preuves de l'existence humaine sur cette planète, les humains ont toujours transcendé... "trans-ascendere"... fait monter leurs pensées hors d'eux-même vers une entité spirituelle qui se trouve au-delà de leur réalité...
- La branche de buis bénite, là-dedans?
- Oh, tu m'énerves, compère, tu fais toujours semblant de ne rien comprendre :-(


le 14 mai 2012-Mais où est donc Ornicar?

- Compère qu'as-tu vu?
- Commère, j'ai bien vu, j'ai vu un reptile raide mort sur le bord...
- Le bord de quoi, compère?
- Eh bien voilà, tout d'abord, j'ai aperçu un gros tas serpentesque lové sur une pierre d'angle au linteau d'une fenêtre de ma vieille bicoque.
- Qu'est-ce que tu as fait?
- Rien, j'ai attendu qu'il s'en aille. Mais comme il ne partait pas, je me suis décidé à prendre une photo...
- Hein?
- Oui oui commère, et la photo je l'ai envoyé par mail au maire du village qui s'y connaît en reptiles. Paraîtrait que mon locataire serpentesque était bien malade et que même le bouche à bouche ne le ranimerait pas. Dixit monsieur le maire qui, finalement, est venu pour confirmer le décès et est reparti comme il était venu, sur son vélo.
- Alors, tu as un serpent mort sur le bord de ta fenêtre? C'est quoi comme serpent?
- Un gros machin à rayures jaune et noir de plus d'un mètre de long...
- Berque!!! :-(
- ...et comme je n'osais pas y toucher, le maire est repassé, l'a pris entre ses doigts pour l'observer de près. Paraît que c'est une couleuvre du nom local de "san-yard" ou un truc comme ça, et que ça mange les autres serpents. Une brave bête, somme toute. Et pour finir, on a jeté la dépouille desséchée du reptile utile sur mon tas à brûler.
- Autodafé d'une couleuvre post mortem. Tu m'invites?!
- Ah non, mais attends, c'est là que ça devient intéressant! Avant-hier il était sur le haut du tas à brûler, hier, il n'y était plus. Mais plus du tout. Faut-il croire à la résurrection?
- Je te vois venir, compère!
- Trois hypothèses: primo, le reptile qui s'est sacrifié a ressucité; deuzio, le maire est revenu prendre la dépouille pour faire une autopsie; tertio, un marsupilami friand de reptiles séchés est passé par là et l'a dégusté.
- Je penche pour la résurrection... attendons-nous à voir dans les jours qui viennent un grand serpent jaune et noir monter au ciel et s'assoir à la droite de dieu...
- Tu blasphèmes, commère, tu blasphème!
- Oh... tu crois?

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