vendredi 13 avril 2018

76. LA BLAGUE

C'était une blague, soi-disant. Un type avait raconté une blague en direct à la télé et avait été viré de son emploi. Un abus de pouvoir, une grossière erreur, avait commenté celui qui me racontait ça.

En creusant un peu, j'en étais cependant arrivée à penser que le type en question aurait dû, plutôt que d'être viré... être pendu en place publique.

Voici la "blague" :

- que dit-on à une femme qui a les deux yeux au beurre noir ?
- rien ! si elle n'a pas compris après deux essais, pas la peine d'insister.

Mon sang n'a fait qu'un tour. Quand j'ai entendu ça, j'ai d'abord eu l'impression de recevoir un coup dans le ventre, puis la colère et la haine me sont montées au nez. J'ai dû hurler mon indignation mais sans doute sans convaincre mon auditoire. Je voudrais maintenant, à froid, faire l'analyse de ces deux lignes de "blague".

Deux yeux au beurre noir indique une grande violence, des coups au visage répétés, venant d'un agresseur sans foi ni loi. Même un boxeur ne ferait pas ça à son adversaire. Deux yeux au beurre noir indique que l'attaque a été fulgurante et que la victime n'a eu ni le temps, ni le réflexe de se défendre. Comme il s'agit d'une femme qui a les deux yeux au beurre noir, on envisage rapidement une scène d'immonde violence conjugale.

Mais ce n'est pas tout. "Elle" n'a pas compris ! Car, pour faire comprendre quoi que ce soit à une femme, il faut user de la violence, ça va de soi. Une femme est d'une telle bêtise que pou lui faire entrer quelque chose dans le cerveau, il faut taper et taper dur. Si elle n'a pas compris ce que l'agresseur, un homme, son homme sans doute, a voulu lui dire, après avoir été frappée au visage violemment à deux reprises, ce n'est pas la peine d'insister. C'est-à-dire qu'il n'y a plus qu'à la laisser tomber là avec ses deux yeux au beurre noir.

Abjecte.

Ce que cette "blague" cache est encore plus abjecte.

L'homme se voit comme un être supérieur. Il considère la femme comme une créature bizarre qu'il n'est pas nécessaire de respecter en tant qu'être humain. Ce complexe de supériorité à lui seul est largement condamnable. Mais là, il est assorti de l'idée qu'un être supérieur a le droit, peut-être même le devoir, d'attaquer, de tabasser, de supprimer un être jugé inférieur. Dans mon vocabulaire, cette attitude-là s'appelle le fascisme. On est en droite ligne dans la logique d'un dictateur bien connu pour so application de la théorie des "sous-hommes".

Cette vision qu'ont certains hommes sur les femmes est une vision fasciste. Et ce n'est pas une blague.

mardi 27 mars 2018

75. Attention virages haineux sur trois kilomètres

Attention ! Virages HAINEUX sur trois kilomètres...    

Nous voilà en 2018. Le deuxième millénaire a 18 ans. Et moi, j'en ai 74. L'âge de raison. L'âge où l'on a envie de tout raconter. Le truc, chez nous en occident, c'est que personne n'a envie d'entendre, encore moins d'écouter, ce que les vieilles têtes ont à raconter. Tant pis pour moi, donc. Tant pis.

J'avais lu jadis un volume de la collection Terre des Hommes intitulé Les Yeux de ma Chèvre. Un ecclésiastique chrétien s'y entretenait avec un devin africain pour essayer de comprendre et de savoir si ce qu'il disait pouvait être scientifiquement prouvé. Le devin, de ce que j'en avais compris, lisait dans les yeux de sa chèvre l'énormité de la violence humaine qui était en train d'envahir le monde. C'est ce que j'en avais compris en tout cas. Il faudrait que je retrouve ce bouquin. Ce qui m'y a fait penser, c'est l'ambiance haineuse dans laquelle on vit en ce moment. Bon, je sais bien que l'Histoire de notre pays n'a jamais été une promenade de santé au pays des rêves. Mais quand même.

Ayant grandi juste après la guerre mondiale, la deuxième du nom, dans une petite ville besogneuse du milieu de la France, je ne connaissais pas la haine. On parlait des "boches" comme d'un peuple avec lequel il fallait vite se réconcilier. On parlait des autres pays voisins comme de géniales nations avec lesquelles on allait faire des affaires. Il ne se trouvait aucun membre de la famille, proche ou éloigné, qu'on aurait pu haïr.  Et dans les prêches du dimanche, il n'était question que de "s'aimer les uns les autres comme Dieu nous a aimés".

Ce fut donc un choc terrible quand à 17 ans j'appris ce qui s'était réellement passé en Allemagne pendant la guerre, c'est-à-dire juste avant et pendant ma gestation et ma naissance.

La HAINE, définition : une passion dévorante, le contraire de l'amour mais fonctionnant pareil, une force envahissante qui porte à détruire l'objet haï, un rejet sans appel utilisant la force, la violence physique assortie de tout autre moyen pour casser, tuer et massacrer. Exemples : la St Barthélémy, les pogroms en tout genre, le génocide arménien, le déchaînement des tueries en Afrique et partout ailleurs sur la planète.

En 1963 à 19 ans, je suis partie comme volontaire pour poter main forte à la nouvelle nation qui allait accueillir le peuple juif rescapé de la haine généralisée à leur égard. Le minuscule pays d'Israël n'existait que depuis 15 ans quand j'y suis arrivée. Survivre à tous prix et accueillir tous les Juifs du monde résume assez bien l'ambiance des pionniers israëliens d'alors. Dont j'étais. J'ai travaillé dans les champs d'un kibboutz de Galilée, côtoyant des adultes portant un long numéro tatoué sur leur bras gauche. J'ai, comme eux, chanté des mélopées hébraïques avec l'immense espoir du renouveau de ce peuple sur son antique territoire. Sauf que...  je n'avais pas fait cas qu'il y avait déjà un peuple d'installé au même endroit et que je n'étais pas juive.

Petit à petit, l'adolescente au grand coeur que j'étais, naïve et n'ayant jamais connu la haine, dut ouvrir les yeux sur la réalité des choses. J'étais témoin du sentiment de grande haine que portaient les gens en général sur les habitants arabes du pays. Je me souviens encore aujourd'hui de l'étonnement que j'avais ressenti un jour quand une jeune écolière du kibboutz, étant née et ayant grandi en Hollande, se mit à proférer des insultes assorties d'une haine caractérisée en direction d'un homme arabe qui passait. Comment se faisait-il qu'elle éprouvait une telle haine ? elle, une petite hollandaise juive, arrivée avec sa famille depuis peu. Est-ce que la haine s'apprend ? s'apprend sur le tas ? J'avais aussi été très surprise le jour où j'ai su que les gens de la population arabe devaient montrer une permission officielle pour circuler sur le territoire d'Israël. Est-ce que les victimes se mettaient à utiliser les méthodes de leur bourreau ? En tout cas, je dus admettre que la haine circulait dans le pays, à tous les niveaux et dans les deux sens.

A cela s'ajoutait le fait que je n'étais pas juive. Je pris conscience pleinement de cet état de fait un beau jour. En six moi j'avais appris assez d'hébreu pour converser et même tenir un journal en hébreu. Je m'appelais Frankie et certains insistaient pour m'appeler Noémie, nom hébraïque qu'on m'avait donné. Outre que je ne trouvais pas de cavalier aux danses du vendredi soir, je n'avais pas vraiment senti de différence de comportement à mon égard. Jusqu'au jour où un après-midi, assise par-terre à l'ombre avec d'autres, un jeune de mon âge m'apostropha à brûle-pourpoint : tu es goye, toi !

Le terme de "goye, goya, goyim" est employé en hébreu pour désigner tous les gens, tous les peuples, non-juifs. C'est une définition des autres par la négative. Je n'étais pas française ou hollandaise ou brésilienne. J'étais non-juive, goye. Je dus acquiescer  plusieurs fois car il me le demanda plusieurs fois. Puis il continua : nous, on descend d'Adam et Eve, depuis des siècles et des générations. Toi non. Toi tu n'es rien.

Je ne peux pas reproduire ici les termes exactes de cet échange. Mais après tant d'années j'ai le souvenir brûlant d'avoir été définie comme "rien". En d'autres termes, les vrais humains, c'est-è-dire le peuple élu, c'était les Hébreux et tout le reste des humains n'étaient que... que de la déco insignifiante. J'en fus complètement ébahie, complètement déstabilisée. Je n'étais pas capable d'imaginer un tel raisonnement. Et il ajoutai pour preuve : regarde le monde, qu'est-ce que vous seriez sans Jésus, Marx, Einstein, et Liz Taylor ? Oui, c'est vrai, je devais admettre que le monde n'était plus rien sans es illustres Hébreux.

J'ai gardé cet étrange échange sous silence toute ma vie. On m'aurait traitée d'antisémite. Et d'ailleurs, à lire ce texte, nul doute qu'on va me mettre sur une liste d'antisémites à abattre.

Je comprends mieux, franchement, pourquoi Jésus et les chrétiens après lui rabâchent qu'il faut s'aimer les uns les autres. La haine est si destructrice qu'il faut tout faire pour l'enrayer quand elle s'installe dans les coeurs et les esprits. La haine envers les peuples sémites a failli mettre l'Europe K.O.  La haine entre les tenants de différentes religions est en train de mettre le monde à feu et à sang.

Si j'ai écrit ça aujourd'hui, c'est parce que deux hommes se sont affrontés récemment, l'un mû par la haine des autres prenant une femme en otage qu'il allait tuer ou faire tuer, l'autre mû par l'amour de son prochain donnant sa vie pour en sauver d'autres. La leçon que l'on peut tirer du sacrifice du Lieutenant-Colonel de gendarmerie, Arnaud Beltrame, est bien qu'il faut à tout prix "s'aimer les uns les autres comme Dieu nous a aimés".


mardi 15 novembre 2016

74. VERS UNE EUROPE FÉDÉRALE



C’est décidé, je ne voterai plus QUE POUR LES EUROPÉENNES...

Quand est-ce, d’ailleurs, les prochaines élections européennes?

Les prochaines élections européennes auront lieu en 2019. Oui madame. Elles devraient normalement avoir lieu à la fin du mois de mai 2019. Elles ont lieu au suffrage universel direct à un tour. Parfaitement. Les Européens seront appelés à voter pour élire leurs députés au Parlement européen. C’est tout. Il existe 74 sièges français sur une assemblée de 751 députés européens pour le moment.

Les mots-clé du petit texte ci-dessus sont: “normalement”, “Parfaitement”, “C’est tout” et “pour le moment”.

Quand on a une assurance contre l’incendie, on fait faire des vérifications par les pompiers tous les 5 ans. Cependant si un incendie se déclare, on appelle les pompiers tout de suite, promptement, sans tergiverser. Or, en Europe, il y a le feu au lac. M’est d’avis qu’il faudrait appeler les pompiers… et ne pas attendre 2019.

Nos députés européens sont élus par la population directement et en un seul tour. Voilà qui est bien. C’est épatant. Les élections à 4 ou 5 tours plusieurs fois par an, c’est du gavage d’oies citoyennes. Moi personnellement, je n’irai plus voter sauf aux élections européennes.

En fait, on fait tout un ramdam juste pour élire nos représentants à un Parlement qui n’a de parlement que le nom puisqu’il n’a pas de membre exécutif et encore moins de membre armé. C’est un peu comme ces jeux où les enfants disent: “on dirait que toi tu es le roi”, “on dirait que elle c’est la sorcière”… On dirait que, on ferait comme si. En fait, c’est bien ça. Notre beau Parlement Européen n’a pas de Gouvernement et pas d’Armée. On fait comme si on était un pays pour rire.

Pour le moment le Parlement sis à Bruxelles ET à Strasbourg compte 751 députés. Des pays adhèrent, d’autres désadhèrent et donc ce chiffre change. Or, à la Chambre des représentants de l’Etat FÉDÉRAL des USA, ils sont actuellement 435 et le chiffre ne change pas. Notre beau Parlement Européen foisonne de gens qui ne nous représente pas à un gouvernement, ni à une armée. Et le clou, c’est que cette belle organisation n’a pas de tête. On n’a pas de PRÉSIDENT EUROPÉEN, on n’a pas de Président de l’Europe. Là, pour illustrer mon propos, j’ai presque envie de faire le dessin d’un épouvantail sans tête au milieu d’un champs…

Mais bon, j’arrête!  




jeudi 15 septembre 2016

73. La rage et la colère

Ci-dessous ma transcription d'une vidéo selfie enregistrée par une jeune dame qui venait de se faire flasher sur la route à 72 km/h :

Putain! je me suis fait flasher, à 72 sur une zone à 70, je vais voir mon petit neveu, j'ai limité mes ardeurs, j'aurais pu aller plus vite, je me suis fait flasher, j'avais 5 points, il va m'en rester 4... Ces enfoirés nous rackettent à bloc. 

Pendant ce temps là, eux, ils s'en foutent plein les poches, ils vont à panama ou ailleurs, et nous, comme des grands cons, on se fait flasher, ...  Alors voilà, ils prennent des milliers d'euros tous les mois, pour rien foutre, j'ai envie de dire. A un moment j'y croyais, je me disais : les mecs qui arrivent là, ils se sont défoncés quand même, ils se sont défoncés pour arriver là. Mais une fois qu'ils y sont, ils ne foutent plus rien, d'une voiture avec chauffeur à un gueuleton avec les copains, ils en branlent pas une, en fait, pas foutus de bouger leur cul pour aller voter les lois. Ils nous enflent en permanence et nous, comme des gros cons, on mange 5 fruits et légumes par jour, 5 fruits et légumes au pesticide par jour. 

Ils nous pondent des lois sur l'orthographe complètement absurdes, des réflexions sur le port du voile qui, pff, putain ... 

La démocratie ... mon père, que je respecte infiniment, me dit : non non je ne signe pas de pétition, la démocratie, elle est là pour porter nos voix, donc on vote et ensuite on a des élus qui sont là pour porter notre voix. Mais, mon cul, ils en ont rien à foutre de notre voix, ils en ont rien à foutre. 

Mais qu'ils soient de gauche ou de droite et tout ça, ils copinent depuis qu'ils sont petits, tous ces mecs là, ils en ont rien à foutre de rien, en fait. Donc, la "primaire-point-org", "nuit debout" qui fout les journalistes qu'ils payent pas à la porte, "un deux trois" ou "bleu blanc vert", voilà. La primaire, j'y ai bien pensé, je me suis dit : c'est bon j'y vais, quand je serai dictateur de la république, je vous jure je vais faire le ménage, fini les élevages intensifs,  dehors monsanto, je ferai péter ... 

Et puis je serai copain avec daesh, je crois, je leur dirai vous plantez pas de ... vous êtes complètement tarés, c'est votre problème, mais plutôt que de vous faire sauter en terrasse, allez vous faire sauter à l'élysée, allez vous faire sauter à matignon, allez vous faire sauter à l'assemblée nationale. Sur un plan historique, c'est dommage, c'est un beau bâtiment, mais franchement où est-ce qu'ils sont les regrets, quoi? 

Parce que toutefois si la primaire-point-org ça mène quelque part, s'il y a des gens qui sont soutenus quand bien même par des milliers d'autres citoyens qui disent : celui-là il a de vrais belles idées pour l'éducation, pour la justice, pour l'avenir de notre planète, pour l'énergie, il y en a vraiment qui sont soutenus, mais jamais de la vie, ils y arriveront, jamais, jamais.

Tous ces gros connards qui nous gouvernent, là, ils sont bien placés là où ils sont, de gauche, de droite, y'en a rien à foutre. Le premier qui va foutre une ombre au tableau et menacer leurs putains de privilèges et leurs milliers d'euros mensuels qu'ils se foutent dans les poches jusqu'à ce qu'ils en crèvent, et ils crèveront vieux en plus ces gros salauds, on les laissera pas arriver jusque là... j'ai laissé tomber. 

Qu'est-ce que vous voulez que je fasse, je travaille, je travaille, je travaille pour faire avancer ma petite entreprise. Je paye mon r.s.i. tous les mois, un salaire un mois sur trois, j'ai pas le temps pour la primaire-point-org, de toute façon à quoi bon ? Même si j'ai un égo démesuré, de toute façon je me dis que j'ai aucune chance, ça me dégoûte. (silence) 

Si ils se bougent pas le cul pour aller voter les lois, ils nous enflent en permanence. Alors tu as des mecs qui roulent à 240 sur l'autoroute, du coup ... qui roule à 270 avec sa renault je sais plus quoi qui fonce à bloc pendant que l'hélicoptère repère la bécane, je te dis pas le prix que ça coûte. Le p.v., entre l'hélico et la safrane ... turbo 5 cylindres, et puis baby cool, nous on roule à 72 dans une zone à 70 ! Faut bien rentabiliser, faut bien rentabiliser, shit,  tu vas verbaliser le seul qui roule avec cette vitesse, c'est dingue. 

Et on file des milliards à l'e.d.f. Moi aussi, j'ai bien mon entreprise, ça tourne pas super en ce moment, vous pourriez aussi me  donner quelques millions? Parce que, c'est vrai, moi aussi je donne du travail à des gens des fois, je paye mes cotisations, la t.v.a. oh la la, on déconne pas avec la t.v.a. hein! parce que si tu es en retard, bin oui! Ils filent de la tune à e.d.f. comme sarkozy qui avait lancé les défibrilateurs partout parce qu'il a un pote qui fabrique des défibrillateurs! Bin, mais non, ils en ont rien à foutre, ils en ont rien à foutre de nous. 

Allez! je vais aller rencontrer mes petits neveux et puis aller attendre mon p.v.  (fin de citation)


Cette jeune dame au volant de sa voiture exprime la rage et la colère de tout un chacun dans ce pays. Les mots lui sortent du fin fond des entrailles. Elle ne cherche pas à plaire, ni à choquer d'ailleurs. Elle dit, de façon très directe, tout ce qu'elle a sur le coeur et qu'elle a sans doute retenu depuis un certain temps par patience et par... patriotisme. Elle n'est pas du genre à insulter les dirigeants de son pays. Elle a patienté. Mais là, elle n'en peut plus.

Dans le périmètre de l'hexagone, nous en sommes tous là. Chaque passant dans la rue est prêt à dénoncer les mêmes problèmes que cette dame énumère :

1. Le racket des dirigeants sur les automobilistes.

2. La corruption des dirigeants qui s'octroient des salaires et des sommes sans commune mesure avec la quantité de travail effectué.

3. Le cynisme des dirigeants qui se désintéressent du peuple dès qu'ils sont élus.

4. L'inadéquation des décisions prises par les dirigeants sur ce qu'il faut faire : l'orthographe, le port du voile.  

5. Le copinage, le clientélisme des dirigeants sans distinction d'idéologies.

6. L'impossibilité de s'introduire dans ce système bloqué pour le faire changer.

7. L'exploitation du peuple qui travaille sans pouvoir récolter le fruit de ses efforts.

8. Le gouffre existant entre ce que les dirigeants se permettent et ce qui est permis aux gens du peuple.

9. L'aide aux entreprises géantes étatiques contre l'exploitation des entrepreneurs privés ordinaires.


J'y ajouterai le type de discours des dirigeants qui se gargarisent de grandes phrases et de gros chiffres en milliards et en milliers de milliards, alors que le commun des mortels  compte sur les doigts des deux mains pour survivre. Personnellement il y a un mot en particulier qui me fait bondir, c'est l'expression "prendre des mesures". A part chez un tailleur ou une couturière, je ne vois pas ce que ce mot fait dans la bouche de nos dirigeants. Ce ne sont pas des "mesures" qu'il faut prendre, mais prendre à bras le corps l'étendue et l'énormité du décalage entre eux et nous, entre ceux censés diriger le pays, et nous les habitants de ce pays. 


dimanche 11 septembre 2016

72. LA CONFIANCE GALVANISEE

Sans confiance, pas de civilisation. C'est à ce point-là. 

En tant qu'ethnologue j'ai pu constaté que dans les milieux où les gens vivent en clans serrés, on trouve absolument aucune confiance dans ce qui n'est pas de la catégorie 'famille'. Ainsi, on construit sa case en famille. On abat un mouton en famille. On part à la pêche en famille. Pour qu'il y ait, dans un milieu social donné, des charpentiers, des bouchers et des pêcheurs, il faut que le reste de la population ait une entière confiance dans ceux qui ne sont pas du clan, de la famille. S'ensuit qu'il n'y a pas non plus d'inovation puisqu'on ne fait pas confiance à ceux qui ont des idées et des façons de faire différentes. Ainsi, on construit sa case toujours pareil le long des millénaires, on abat un mouton ou on pêche un poisson toujours de la même façon. Le progrès n'est pas possible dans une société où ne règne pas la confiance.

...tout en écrivant cela, je me mets à penser que le mot anglais pour 'confiance' est 'trust', et qu'un Trust, c'est effectivement un ensemble d'entreprises où l'on se fait confiance. Mais bon...

Bien sûr, la confiance est à double sens. A quelqu'un sur qui l'on ne peut pas compter, on n'accorde pas sa confiance. Mais vice-versa, quelqu'un sentant qu'il n'inspire pas confiance, ne va pas s'investir. Donner confiance et inspirer confiance s'apprend très jeune. Par exemple, un enfant de 12 ans à qui on confie une brouette pour rentrer du bois, sans être surveillé de près, va faire de son mieux pour mériter cette confiance. Et, une fois qu'il aura mérité cette confiance, il se sentira pousser des ailes pour un prochain travail car, et c'est là le noeud du problème, chaque humain a besoin de se sentir utile. Si je ne me sens pas utile, je ne vais pas donner le meilleur de moi-même et, à terme, je vais abandonner et déprimer. On en est là en France, à grande échelle.

En reliant ceci à la "hiérarchie horizontale", on arrive à une mécanique de transmission des ordres et de la connaissance très différente. Le boss, se trouvant au même niveau que son exécutant et lui faisant confiance, se trouve à même de galvaniser ses troupes, son équipe, son personnel. Les ordres ne viennent pas d'en haut par quelque action divine incompréhensible. La connaissance sur le terrain est très vite partagée avec le boss. Chacun donne le meilleur de lui-même, s'implique, se mouille et l'affaire avance à grands pas, chacun se sentant  utile et concerné. Seul le résultat compte. Les méthodes diverses et variées aboutissent toutes au même but... gagner.

Je voudrais raconter ici comment je suis arrivée à penser de cette façon. J'étais toujours en Nouvelle-Zélande quand la coupe de l'America fut remportée par ce petit pays de marins. Comment, grand dieu, david a-t-il pu vaincre goliath? C'est toujours la question qu'on se pose. Je suis donc aller faire un tour au Musée maritime à Auckland où il y avait une exposition sur le cas du bateau "Black Magic" et de son équipage néozélandais . J'ai vu et lu tout ce qu'il y avait à voir et à lire sur le sujet et la lumière s'est faite dans mon esprit quand j'ai compris comment l'équipage avait été géré. Le capitaine s'était mis sur le même plan que ses équipiers et les avait galvanisés, en insistant sur le fait que chacun d'eux était absolument indispensable, même et surtout celui, apparemment insignifiant, qui préparait le thé. CQFD


samedi 10 septembre 2016

71. Hiérarchie horizontale

Je suis arrivée en Australie à l'âge de 22 ans et j'ai appris la vie adulte dans ce pays-là. J'ai appris la vie dans un pays FEDERAL constitué de plusieurs Etats autonomes. J'ai appris la vie dans un pays LIBERAL anglophone. J'aimerais pouvoir dire ça sans qu'on m'insulte... dans ma patrie d'origine, la France. Parce que voilà, je n'arrive pas à m'habituer à la hiérarchie à la française, pyramidale, où les dictates viennent d'en haut et dégoulinent jusqu'en bas parmi les exécutants qu'on va surveiller de près, car ils sont bêtes et peut-être même méchants.

Là où j'ai appris la vie, un patron, un chef, un petit chef, fait confiance à son exécutant. Il ne va pas être sur son dos, ni le surveiller de près car il sait que c'est un humain qui a de l'imagination et sans doute des réponses qu'il n'a pas, lui le patron, pour régler les problèmes. Ainsi l'inovation et la vitesse à laquelle un problème se règle, sont démultipliées. Vous me suivez?

Je voudrais illustrer ce que je dis ci-dessus par un exemple vécu. En 1996 je vivais en Nouvelle-Zélande, un pays anglophone du Pacifique Sud où l'on pratique ce que j'appelle la "hiérarchie horizontale". Pour un certain temps je m'y suis retrouvée bergère chez un éleveur de 2000 moutons du côté de Hamilton dans le Waikato. C'était l'époque de la tonte. J'avais contribué à ramener les mérinos néo-zélandais des lointains paddocks vers la ferme où on les tondait. Toute une affaire. Le boss avec ses chiens et son quad poussait les bêtes par derrière, comme font les cow-boys avec les vaches. A un moment donné il avait fallu un temps fou pour faire passer un troupeau d'une cinquantaine de bêtes par la barrière où l'on voulait qu'ils passent. J'avais trouvé ça éreintant et pas franchement efficace.

Or dans ma longue vie, quand j'étais jeune, j'avais aussi vécu en Israël et j'avais pu observer que les bergers arabes sur le plateau de Nazareth faisaient marcher leurs moutons derrière eux, c'est-à-dire qu'au lieu de les pousser, ils les guidaient. Avec un grand bâton en travers des épaules et les bras accrochés de chaque côté, le berger paraît énorme vu par un mouton. En parlant à celui des bêtes qui est le leader dans la hiérarchie ovine, le berger se met à marcher tout simplement. Le mouton-leader suit et alors suivent tous les autres du troupeau.

Donc, quand mon boss m'a demandé un jour de ramener un lot de moutons tondus à leur paddock, j'ai osé proposer une autre manière de faire les choses. Je m'attendais à ce qu'il me renvoie ballader et me dise : "fais ce qu'on te dit et c'est tout"... alors qu'il eut l'air très content de mon initiative et m'assura que la méthode importait peu, c'était le résultat qui comptait. Je me suis mise en route devant mes moutons qui m'ont suivie tranquillement formant un V derrière moi marchant à grandes enjambées. Revenant au hangar pour prendre un autre lot de moutons tondus, j'ai été félicitée pour la rapidité de mon travail... Voilà.

LA HIERARCHIE HORIZONTALE suppose qu'on fasse CONFIANCE à ses EXECUTANTS. C'est bien ce qui manque dans notre pays. La manière de travailler un peu partout, aussi bien dans les bureaux que sur les chantiers, est en hiérarchie verticale où l'initiative des exécutants en bas de la pyramide est barrée, bannie, bafouée. C'est la méfiance qui règne. On surveille. On est sur le dos de tout un chacun à chaque instant comme s'il s'agissait de petits robots susceptibles de se détraquer. Je crois qu'on se trompe. Je me souviens avoir lu le discours d'adieu d'un grand patron américain, chez Ford je crois, qui disait que toute sa vie il avait toujours misé, investi dans l'homme, en faisant confiance aux hommes et aux femmes qu'il avait sous ses ordres. Ce n'est pas à la mode de dire ça. Ce serait bien si c'était à la mode de le faire.



mardi 6 septembre 2016

70. APPORT PERSONNEL

Cette image n'a rien à voir avec le texte. C'est just pour faire joli.


Dans le vocable marxiste, le mot "capital" est un gros mot.

Parlons donc plutôt d' "apport personnel". C'est mieux. C'est digestible. Mais c'est la même chose, tout de même. Pour démarrer une affaire, pour réaliser un rêve d'entreprise quelle qu'elle soit, il faut avoir, ou bien trouver des fonds pour démarrer. Il va falloir louer ou acheter un local, peut-être des machines, des matières premières. Même en démarrant ric-rac, au minimum de dépenses, il va falloir des fonds pour démarrer de toute façon. L'argent qu'on aura mis de côté ou les fonds qu'on aura levés constituent cet apport personnel, le premier capital de toute entreprise . Cet argent-là n'est pas de l'argent qu'on dépense dans le sens d'une consommation, mais une somme qu'on investit... parce qu'on croit en l'avenir, parce qu'on parie sur sa propre capacité à réussir, à gagner de l'argent... à gagner sa vie et à subvenir à sa famille.

Cette mentalité-là est vieille comme le monde. Celui de nos ancêtres Pierrafeu qui "investissait" dans du bon matériel, pierres tranchantes et bon silex, avaient plus de chance de bien manger et de survivre que les autres. Investir est une nécessité vitale.

Mais depuis que Marx a décrété que le Capital est le diable en personne, on biaise, on chancelle, on fait comment pour gagner sa vie? Tout doit appartenir et venir de l'Etat qui va benoîtement dévoluer ses fonds à des entreprises étatiquqes où tout un chacun sera fonctionnaire. Mais... ce que l'Etat "débloque" pour telle ou telle entreprise étatique, c'est du CAPITAL d'Etat. Un apport personnalisé en provenance de l'Etat-Providence. On sait ce que cela a donné dans les pays qui ont tenté cette expérience de gestion nationale. Pourquoi donc refuse-t-on d'admettre l'évidence? Ce système-là d'apport personnel, cette façon-là d'investir, ne marche pas.

Est-ce si difficile de voir les choses en face? de se regarder dans le miroir et de voir qu'on a vieilli? d'admettre que la théorie marxiste est vérolée dès le départ et que la gestion d'un pays à la mode de Marx est toujours un échec cuisant lamentable. L'appauvrissement de notre pays, la France, tient de cette erreur de jugement. Il est urgentissime de redresser la barre.


dimanche 4 septembre 2016

69. Un bûcheron (2)

(suite du texte de Rufin)... "Des applaudissements nourris, bien maigres pourtant après ces emportements, montèrent du cercle des assistants. Le géant embrassa le manche de la hache et l'envoya d'une main se planter sur le plat de la souche. Il prit la serviette qu'on lui tendait et s'en épongea le haut du corps.

Plusieurs officiers vinrent le féliciter et faire des commentaires. Un homme vêtu en civil et ressemblant vaguement à un presbytérien anglais avec son habit noir boutonné de haut en bas s'approcha et lui dit un mot à l'oreille.

Le géant hocha la tête puis, regardant dans la direction de Saint-Août, lui fit signe d'approcher.

- Venez, dit le colonel à l'adresse de ses deux compagnons. Je vais vous présenter au tsar."

La surprise est totale, aussi bien pour les personnages du roman que pour le lecteur! Ce bûcheron, bien baraqué et habile, est le tsar, le grand chef de l'empire russe, Pierre le Grand lui-même.

Certes, c'est un roman. Mais dans la réalité certains peuples ont besoin de savoir que leur chef est un costaud capable d'un exploit physique. Son autorité est à ce prix. Pierre le Grand, Mao Tsé Toung, Ho Chi Minh. Du côté occidental, il ne semble pas que ce soit aussi probant. On n'a jamais vu Louis XIV abattre un arbre à la cognée. Ni Washington ou Bush, encore que... 

De façon contemporaine, chez nous, on pourrait penser que Mitterand essayait de se dépasser physiquement en grimpant la petite montagne à la Roche de Solutré. Il semblerait pourtant que c'était vu plus comme une ascension spirituelle que physique par la population qui l'avait élu comme son chef. Aujourd'hui qu'en est-il? Le président français actuel n'est certes pas un bûcheron. Celui d'avant non plus.

En France, à défaut d'un exploit physique, on demande plutôt à nos chefs d'être de bons vivants, un peu poète aussi. Je me souviens du tollé général quand on apprit par la presse, toute aussi étonnée, que le président de la république précédent ne buvait pas d'alcool et ne mangeait pas de viande. On aime se reconnaître dans ses chefs. On aime savoir qu'ils sont comme nous, issus de la même pâte, mais plus grands et plus forts. Et irréprochables bien sûr. Mais irréprochable n'a pas le même sens dans tous les pays. Chez nous, on tolère les écarts d'un président qui apporte des croissants en douce à une petite amie. Les Américains en font tout un plat. Chez nous, on a aimé Henri IV, bon vivant, costaud, et on n'a pas aimé Louis XVI chétif et un brin coincé. On a aimé Vercingétorix et François Ier qui ont payé de leur personne physique et qui pourtant on perdu, à Alésia ou à Pavie. 


Alors, pour être chef des Français, que faut-il faire? 


vendredi 2 septembre 2016

68. UN BÛCHERON

Cité de Jean-Christophe Rufin, SAUVER ISPAHAN, Gallimard 1998, chapitre 17 


"Ils furent bientôt tout près et entrèrent dans la clairière d'où (le bruit) provenait. L'espace, en un grand cercle, avait été dégagé par la coupe des arbres qui y poussaient. Le sol était occupé par d'énormes souches entre lesquelles on voyait encore, abattues, raides, de longues grumes écorcées. A l'autre bout de la clairière, une couronne silencieuse d'officiers, bras croisés, observaient, immobiles, les efforts du géant qui s'employait de toutes ses forces sur un chêne. L'entaille qu'il lui avait faite à la hache était profonde sur le devant, formant un coin pour guider la chute de l'énorme fût. Le bûcheron attaquait maintenant l'autre face. La cognée vibrait dans l'air et s'abattait avec précision en rendant le bruit sec que les marcheurs avaient entendu de si loin. 

L'homme était couvert de sueur. Sa silhouette, près de l'arbre, paraissait fragile comme la condition humaine lorsqu'on la compare aux grandes forces. Mais en proportion des autres personnages il était imposant. Sur sa peau laiteuse flottaient des éclats d'écorce et des grains de beauté. Il avait aux épaules des muscles saillants que l'effort roulait. Une graisse un peu raide lui entourait le ventre et effaçait ses hanches. Sans cet obstacle, sa ceinture glissait et découvrait le haut de ses fesses. Après chaque coup, il crachait dans ses mains, remontait ses culottes et reprenait la hache.


Il fit signe de loin aux nouveaux arrivants de se garer avec les autres. Cinq efforts suffirent pour que le chêne, droit de fil, large à sa base comme trois boeufs, quittât lentement la verticale et, dans un déchirant adieu de branches tendues et de feuilles arrachées, s'abattît sur le sol de la clairière, avec un grondement de canonnade."


Pour le vocabulaire spécifique à l'industrie forestière, voir le site internet de 


Ce texte me parle au premier degré. Jusqu'à l'âge de 6 ans, j'ai grandi dans les pas de mon père qui était alors forestier, gérait plusieurs scieries et s'occupait de plusieurs forêts de ma province natale. Ces mots sonnent clair et rappellent les odeurs et les sons d'un coin de forêt qu'on exploite. Avant de commencer à couper le sous-bois et d'abattre les grands arbres, le forestier arpente la future coupe et marque ceux des arbres qu'il juge trop jeune pour être "récoltés".

Nous y voilà...  

Abattre un arbre, c'est le récolter. Depuis des millénaires maintenant les peuples européens "cultivent" leurs forêts. L'industrie forestière fait partie de l'agriculture. Les forêts de chez nous ne sont plus "vierges" depuis longtemps... Or, dans l'esprit des citadins qui, eux, entourent leurs arbres de gaines de fer sur les trottoirs pour les empêcher de s'évader (!), abattre un arbre, c'est le tuer et tout le monde y va de sa petite larme et de son indignation. Couper une salade aussi, c'est la tuer. Et moissonner les blés aussi. Est-ce parce que c'est moins haut et moins gros qu'on ne s'indigne pas ?

Cette façon de voir les choses est très romantique. Je me souviens d'avoir eu à apprendre à l'école une poésie très larmoyante sur la sève des pins qu'on récoltait. On "saignait" les troncs pour que la sève s'égoutte dans un petit pot en terre. C'est cette attitude larmoyante et romantique qui a été adoptée par de nombreux écologistes qui, moi, me met en émoi. Pour tout dire, je ne la supporte plus car elle est du même acabit que celle de religieux extrémistes tellement sûrs de leur bon droit.

Ce passage du texte de Ruffin est magnifique. Il nous rappelle que l'humanité depuis toujours a construit ses maisons, ses bateaux et même ses temples avec le bois des arbres. Le bois est une denrée renouvelable. Le tout est de savoir la "cultiver" intelligemment. Mais, grand dieu, cessons de nous faire croire que l'abattage des arbres est une affaire morale condamnable. Non, nom d'un chien. C'est une activité louable et admirable.

Vive les bûcherons ! 


76. LA BLAGUE

C'était une blague, soi-disant. Un type avait raconté une blague en direct à la télé et avait été viré de son emploi. Un abus de pouvoir...