dimanche 30 septembre 2012

46. CROISER LE VOL D'UN GOELAND


L'autre jour, en revenant de Châteauroux, j'ai mis la radio de ma voiture à fond. Céline Dion chantait son dernier tube en français et chaque mot de cette chanson me taillait le coeur!

"Je voudrais passer l'océan,
Croiser le vol d'un goéland,
Penser à tout ce que j'ai vu,
Ou bien aller vers l'inconnu".

J'ai repensé à cet épisode de ma vie où j'étais équipière sur des voiliers en long et en travers du Pacifique sud. Je viens de retrouver l'article que j'avais écrit à ce propos, d'une rencontre avec un albatross, sur mon blog Threefold Twenty, en anglais. Il n'est plus sur ce blog car je l'ai pratiquement effacé, mais je l'ai retrouvé dans mes archives. Le voilà donc:

73.An albatross (écrit le 13-09-2006)

Reading a book of sailors and pirates adventures in the 1600s, here’s what I found:

"One day out of the great wilderness of water there came an albatross.  Circling the ship on wide pinions, dipping and rising on currents of air, gliding and planing, sometimes so close to the crests of the waves that it seemed to become part of the spume, it kept station with the ship for days on end.  Neither of the boys had seen a bird of that size before.  At times it sailed close to where they crouched in their barrel-shaped perch, seeming to use the up draught from the Seraph’s mainsail to hold its position, never flapping its wings, only gently fingering the air with the black feathers at the tips.  Dorian particularly delighted in the creature whose wingspan was three or four times that of his arms." (from Wilbur Smith, “Monsoon”, p.132 Pan Books edition 2000)

I couldn’t describe my own encounter with an albatross better.  It was on that same trip sailing as crew on a yacht from Noumea to Auckland in October 1997.  We were getting near the tip of the North Island of New Zealand, still 3 days to go to get to harbour.  The weather was still good although with a promise for storm coming from the far south west.  We thought we might be able to make to port before the big storm as the low trough was situated somewhere near Tasmania, if I remember correctly.  

And then, this bird came up from nowhere and started circling the main mast in very slow motion.  Just like it says in the quoted passage.  Sure, our yacht didn’t have a perch on top of the mast.  I recall watching this bird in amazement from deck.  I knew that the wingspan of an albatross is huge but the body of the bird looked amazing too, the size of a very large duck, so it seemed.  It flew up above us and then around the boat close to the crests of the waves and up above again.  I didn’t tire looking at it in wonder.  It stayed with us for a while and then disappeared.  

The next day the storm was with us.  Fast and sharp winds from the south west were building up the sea to a wild element.  We were 3 days and 3 nights in it fending for survival of the sailboat, and us five on it.  As if that bird had come to warn us and wish us good luck…

I have learnt since then that these birds live and breed around Antarctica.  They tend to circle the South Pole in their migrations at the level of the 50th parallel south.  They can live as far as the top islands of Northern New Zealand which is 35° south.  Two years later on another yacht, on that same route but in fair weather, a pair of albatrosses stayed circling around our main mast for a few days.  You get used to the sight of their nonchalant flight “never flapping (their) wings, only gently fingering the air with the black feathers at the tips”.  In contrast when further down the coast of Northland we saw myriads of ‘normal’ birds, we thought they looked pretty excited flapping their wings like mad.  

mardi 18 septembre 2012

44. LE SAUT DE L'ANGE DE MARIEANGE


Je suis abonnée à un site qui s'appelle "installation campagne" où il est question de gens de la ville qui décident de changer de vie et d'aller s'installer à la campagne. Vaste programme, comme on dit. Cette association organise une réunion d'information le week-end prochain à Paris.

C'est pas de la tarte, prendre ses petites affaires pour aller s'installer dans un village rurale peut-être même pas répertorié sur les cartes! L'idée est folle. Alors soyons fous!!!

C'est ce qu'ont décidé Marie-Ange et son mari, un beau jour de ras le bol dans le métro. C'était dans les années 1960, voilà un bon demi-siècle maintenant et Marie-Ange est trop heureuse du résultat. Elle en parle avec un plaisir certain. Allez donc la voir à Aubusson au retour du marché un samedi. Elle y tient une maison-gîte et une chambre d'hôte, tout en travaillant sur son ordinateur à faire du web-secrétatiat.

Je les ai rencontrés un jour de mars alors que je cherchais un hébergement pour le stage de tapisserie que j'allais faire en août. Je les ai cotoyés en août pendant une semaine et c'est alors que Marie-Ange m'a raconté son histoire.

Ils sont arrivés tout jeunes tous les deux avec 2 marmots sous le bras, dans un village creusois où l'école allait fermer... circonstance atténuante, le fait d'avoir 2 enfants à mettre événtuellement à l'école. Notre jeune couple a été plus têtu que les gens du coin qui les ont d'abord regardés de travers. Quoi? des Parisiens? qu'est-ce qu'ils viennent faire chez nous? Ils venaient aider, travailler, et apprendre. Marie-Ange rigolent franchement quand elle se souvient qu'elle ne savait même pas comment poussait le persil. Maintenant ils sont de vieux Creusois, ayant élevé 5 enfants à la dur et accueillant leurs petits-enfants au bercail creusois avec bonheur.

Quelques photos de la chambre d'hôte de Marie-Ange à Aubusson, que j'ai eu grand plaisir à occuper au mois d'août dernier:

chez Marie-Ange à Aubusson


le drap brodé de la chambre d'hôte

la chambre d'hôte à Aubusson

chambre d'hôte et salle d'eau à Aubusson

chambre d'hôte avec 2 lits à Aubusson

vendredi 7 septembre 2012

42. UN POSTER EN LAINE


Toute la semaine du 20 août dernier, je l'ai passée à Aubusson. C'était ma seule escapade de vacances et de ce fait, le mercredi de grosse chaleur, j'ai préféré aller me ballader en ville plutôt que de suivre la visite organisée et conforme au stage que je suivais. Non-conformiste, anti-conformiste, je le suis et le reste. Mes excuses si je dérange un peu... Bref.

A déambuler de trottoir en trottoire, de rue en ruelle, devant et derrière, en bas et en haut de la ville, j'ai exploré Aubusson à ma guise, prenant les photos qui me plaisaient. Au bout de 3 jours de séjour, je commençais à avoir une folle envie de me faire la belle et de retourner, à pied s'il le fallait, dans le 21e siècle.



Je suis entrée par hasard dans une boutique qui se présentait comme un "espace tapisserie". Les tapisseries des 4 ou 5 siècles passés devenant à mes yeux toutes pareilles et passées, j'allais peut-être trouver là du nouveau. Une dame au fond retapait une antique tapisserie, représentant un sempiternel sujet de l'antiquité grec. Très beau, certes, avec quelque oiseau à grand cou, mais vieux, antique, dépassé. Je ne sais pas comment exprimer ce sentiment, cette sensation, de vieillerie que j'ai eu tout le temps de mon séjour là-bas. Je me tourne alors vers une petite tapisserie debout contre une chaise qui semblait plus fraîche et plus moderne, encore qu'il s'agissait de feuillage enchevêtré. Je regarde au dos et je m'aperçois alors, en connaisseuse à peine aguerrie, qu'il s'agit d'une tapisserie à l'aiguille, c'est-à-dire d'un truc fait sur un canevas. Je demande à la photographier. Un monsieur sympa qui se tenait derrière un bureau me dit qu'il n'y pas de problème. Il se lève même pour poser l'article sous un meilleur angle pour une photographie. Je vois que l'oeuvre est à vendre pour 400€. "Ah!" je pense en mon for intérieur, "elles ne sont donc pas toutes à 15 ou 20 mille la pièce, ou bien carrément à cent vingt mille".



Oui, parce que voilà, ces belles tapisseries semblent dépassées, non seulement par leur sujet désué et leur fabrication obligatoire à l'ancienne, mais par le fait qu'elles semblent s'adresser à une catégorie de gens qui ont disparus de la société française depuis longtemps. Si c'est cela le luxe à la française, d'accord, mais ce n'est pas pour moi. Or...

Or, j'avais eu d'emblée envie de parler à ce monsieur sympa du magasin "espace tapisserie". J'avais eu envie de lui parler de mon idée de tapisserie moderne, mais quelque cliente, peut-être fortunée, est alors entrée dans la boutique et je me suis éclipsée. Voici donc mon idée.

Une tapisserie monumentale recouvrant un mur de château, c'est ni plus ni moins un poster. C'est pour décorer un espace à l'intérieur d'une demeure par une image qu'on aime bien. Un espace. Une image qu'on aime bien.

La taille de l'espace à décorer a bien changé depuis les années 1600 ou 1700. Les images qu'on aime bien sont complètement différentes. Par contre, le côté nomade de la société s'est emplifié. Les seigneurs roulaient leurs tapisseries et les emportaient quand ils allaient crêcher ailleurs. Nos contemporains, les miens en tout cas et moi-même en l'occurence, roulent et emportent leurs posters préférés quand ils déménagent. Les habitants des bâtisses seigneuriales aimaient contempler tel dieu ou telle déesse de la mythologie grecque. Mes contemporains aiment contempler leurs idoles, un Elvis Presley avec sa guitare autour du cou, une Madona en petite culotte, une tour Eiffel au clair de lune, ou carrément le poster d'une photo de leur fils aîné à 4 ans. Alors je me disais que peut-être et sans doute on pouvait se faire faire de telles tapisseries, au format d'un mur actuel, d'un sujet personnel et actuel, tissé sur machine informatisée, le 'carton' de ladite tapisserie étant 'digitalisé'. Et le prix, oui le combien-ça-coute, serait tout à fait abordable par la plupart des mortels en vie actuellement.

- Impossible... en laine, c'est plus cher qu'en papier. Et si on tisse sur machine informatisée, il n'y aura plus besoin des lissiers.
- Non, c'est vrai, on n'a plus besoin des tailleurs de pierre non plus, ni des affûteurs de bifaces. Les temps changent, il est bon de mettre nos pendules à l'heure, je crois. A qui puis-je passer commande pour un poster en laine d'un dessin de ma petite-fille de 200x180 pour la somme de 400€...???
 

jeudi 6 septembre 2012

41. La tapisserie (2)


Je reviens d'une semaine de stage de 'tapisserie à l'aiguille' à Aubusson. La tapisserie à l'aiguille, c'est ce qu'on fait avec une aiguille et de la laine sur un canevas, comme faisait ma grand-mère, sauf que maintenant c'est moi la grand-mère et qu'on ne dit plus faire du canevas parce que ça fait plouc. On n'arrête pas le progrès!

A Aubusson on vit englué dans le passé ignorant volontairement tous les progrès techniques qui ont eu lieu depuis les années 1600. Il faut que tout soit fait à la main, jugeant avec dédain tout changement depuis l'invention de l'aiguille et du canevas. Mais bon, j'y suis allée parce que je voulais justement connaître ces techniques ancestrales pour pouvoir les pratiquer et les transmettre à mon tour à ma petite-fille. Le stage organisé par l'association 'Lainamac' était piloté par Madame Véronique de Luna qui a elle-même une école de tapisserie à l'aiguille à Paris.

de gauche à droite: Géraldine et Véronique


Ayant une formation d'ethnologue, j'ai une sainte horreur des questionnaires qui vont servir à évaluer une activité humaine statistiquement. Pour l'ingénirie et la maîtrise de la société, on quantifie tout et n'importe quoi et on est persuadé qu'avec des statistiques, on a tout compris. Cette façon de voir les choses n'est pas celle d'un/une ethnologue. Je vais donc essayer d'"évaluer" le stage que je viens de suivre, à la mode de chez nous!

1) Quand, en début d'années, j'ai voulu voir où et comment je pouvais apprendre à faire du canevas, j'ai tapé 'tapisserie' ou 'canevas' sur google et j'ai tout de suite trouvé les stages de Véronique de Luna dans le 13e arrondissement à Paris. En cherchant plus loin, j'ai vu que cette dame avait prévu d'enseigner en juillet et août à Aubusson, donc plus près de chez moi et dans le haut-lieu de la tapisserie sur métier à tisser. L'aubaine: faire un stage au canevas et revoir les tapisseries d'Aubusson que j'avais visité en... 1972, (quand on est grand-mère, on compte en décennies) voilà donc 4 décennies. Le coût, en y ajoutant l'hébergement, frisait les mille euros, mais j'étais prête à un grand sacrifice. Je me suis donc inscrite en ligne.

De fil en aiguille :-)) les choses se sont sans cesse compliquées. Au bout d'un moment je ne savais plus qui faisait quoi et à qui il fallait s'adresser. J'en étais à tout annuler quand quelqu'un m'a annoncé au téléphone que le prix avait diminué de moitié. Bon, on continue. Mais j'ai trouvé l'organisation de ce stage tout à fait farfelue.

2) Faire du canevas n'est pas sorcier, tout le monde vous le dira, mais je ne voulais pas me lancer sans avoir consulté une experte en la matière. Je suis très bien tombée en ayant Véronique de Luna comme guide. En cinq journées j'ai pu acquérir les bases et revenir chez moi avec un canevas entamé à finir au long de cet hiver, la laine qui va avec, les aiguilles et quelques bons conseils. Cet enseignement a été très satisfaisant, à la fois stricte et complet. Je vais pouvoir continuer toute seule maintenant.



3) Etant au niveau débutant, l'important pour moi était la technique: je voulais savoir comment on tient le canevas, comment on pique l'aiguille, quel point on emploie. Or, à cela, dans ce stage, s'est ajouté une thématique: on allait parler de botanique. Bon d'accord. Un thème pour quoi faire? Certes, le canevas sur lequel on allait travailler était une feuille stylisée. De mon côté j'avais apporté un dessin de papillon et je voulais savoir s'il pouvait être reproduit sur canevas, mais j'aurais tout aussi bien pu apporter la photo d'un dinosaure ou d'un clair de lune à St Civran! Peu m'importait le sujet du canevas, je voulais savoir comment on faisait et l'ajout d'une thématique m'est apparu comme un cheveu sur la soupe. L'activité annexe sur ce thème étant d'aller randonner dans la brousse par un apès-midi de canicule, j'ai décliné cette offre d'activité qui m'a paru inadaptée.

4) En dehors du travail sur canevas, une visite guidée du musée de la tapisserie a eu lieu le lundi soir et celle d'un chateau voisin le mardi soir. Dans les deux cas j'ai vraiment eu l'impression d'être priviligée car, pour nous stagiaires, les guides respectifs se sont surpassés. Catherine, dans le cas du musée, nous a fait vivre une exposition de tapisserie de l'année 1925 en racontant la petite et la grande histoire de chaque pièce, en y ajoutant aussi les anecdotes rocambolesques de leur acquisition ou de leur mise en place dans le musée, visite suivie d'un petit apéritif dinatoire pour VIP! Dans le cas du chateau, le proprétaire n'a pas économisé sa peine pour nous faire parcourir les siècles au gré des étages et des tapisseries diverses et variées accrochées au mur. J'ai beaucoup apprécié ces deux visites, le seul problème étant qu'elles avaient été programmé en plus des heures de cours. De ce fait, le lundi, le premier jour, étant partie de chez moi vers 6h30, je me suis trouvée à rentrer à la chambre d'hôte que j'avais louée vers 10h du soir, après une journée de canicule éprouvante et bien remplie. Le lendemain pareil. J'ai craqué le mercredi! et j'ai décliné toutes les autres offres de visite. C'était tout à fait excessif.

5) Le stage comptait 9 stagiaires et j'ai trouvé que c'était parfait car les différents niveaux des unes et des autres permettait de donner une idée de ce que peut être la tapisserie à l'aiguille dans son ensemble. Nous étions 4 débutantes et les autres 5 'brodeuses' avaient des niveaux et des objectifs différents. La formatrice ne m'a jamais donné l'impression qu'elle ne s'occupait pas de moi. De plus, le local était immense et chacune avait l'espace necessaire pour travailler librement tout en écoutant les conseils donnés aux autres ici et là.



6) A part son côté spacieux, ce local, l'ancienne Ecole Nationale Supérieure d'Art (ENSA) à Aubusson, m'est apparu complètement inadapté. Là, si je ne me retiens pas, je vais dire des méchancetés!... froid, impersonnel, sans personalité, ringard, pas isolé, laid, j'aurais cru qu'il s'agissait d'anciens abattoirs. Bon j'arrête!

7) Le stage prévoyait 3 déjeuners sur place. En fin de compte tous les déjeuners ont été pris sur place c'est-à-dire dans une de ces grandes salles dudit local décrit ci-dessus, sur des tables en formica, avec des assiettes en cartons et des verres en plastique. C'était mieux que rien, mais chaque repas étant compté 8€, j'aurais aimé trouvé plus de chaleur et de convivialité à la française, avec pichet de vin et bon fromage, de temps en temps, dans de vrais assiettes et de vrais verres. J'ai été très étonnée d'un tel arrangement. Pour mon compte je préfère déjeuner sur place. Mais j'aimerais franchement être libre l'après-midi, en vacances, libre de me promener ou de faire la sieste par temps de canicule, par exemple. Ce que j'aimerais vraiment, c'est travailler au canevas depuis tôt le matin quand il fait frais et finir par un bon repas convivial avec les autres à midi quelque part, puis être libre le reste du temps. Je n'aime pas être 'organisée' :-(

8) Le stage incluait 3 déjeuners, un buffet, un dîner, 3 visites et une initiation botanique. Oui, j'aurais préféré payer un stage 'brut' avec la possibilité d'une demi-pension prépayée (les déjeuners), quelque part en ville avec les autres... et les après-midi libres.

9) J'ai voulu effectuer ce stage pour apprendre comment on fait. Pas besoin de thématique pour moi. La seule suggestion, peut-être, serait de pouvoir visionner quelques films, documentaires ou autres, sur le sujet. Nous sommes les derniers des mohicans en la matière! C'est peut-être ça la vraie thématique!

10) L'hébergement que j'avais retenu depuis le mois de mars en chambre d'hôte a été parfait. Pour le reste je regrette un peu le manque général de ponctualité, à la fois des stagiaires et des organisateurs. On a beaucoup piétiné, attendu, ici et là, en pleine chaleur.  

Le croquemitaine 3.

Ce matin lundi 3 février 2020 à 5h23 du matin, de nouveau un grand coup sur le toit. Je vis dans un loft à même les poutres de la toiture. ...