lundi 21 mai 2012

28. A VRAI DIRE


Si Mr Sarkozy a été remercié de façon si fracassante, ce n'est pas dans les chiffres et les statistiques qu'il faut en chercher la cause. Non.

Je vais vous raconter comment, à travers mon vécu, j'ai vu venir la dégringolade. Cela remonte à 2007 quand, moi, potière de mon état dans un village inconnu d'une province ignorée, j'ai décidé de 'faire quelque chose' pour les élections présidentielles d'alors. On peut dire que ce besoin de 'faire quelque chose' était un sursaut générationnel!... Nous, la nouvelle vague des années 60 que le pouvoir central détestait parce qu'on dansait le rock'n roll, allions passer notre tour de gouverner la France. J'avais été prise d'un haut le coeur à l'idée qu'un président comme Mr Chirac de la génération de mes parents allait encore et toujours nous tenir sous tutelle... et qu'après, aux élections suivantes, il y aurait de toute évidence un président plus jeune et sans doute de la génération de mon fils.

Lors donc, je me suis empressée de me porter volontaire pour tracter et gesticuler sur les marchés pour faire élire un président actif et moderne, de ma génération, en cotisant 100€ à l'effort de la campagne et en prenant la carte de l'UMP. Je ne suis pas socialiste et ne le serai jamais, ne me demandez pas pourquoi maintenant.

L'accueil à la permanence du mouvement soi-disant populaire fut des plus froid. Qui c'est, celle-là? Cherchant à joindre d'autres sympathisants, j'ai donné et reçu quelques coups de fil dont à une dame qui semblait être affolée à l'idée que je débarque chez elle pour discuter. Un jour, il y eu une réunion des volontaires-pour-tracter, c'est-à-dire de ceux qui voulaient bien faire des kilomètres à pied pour distribuer des tracts dans les boîtes aux lettres et sur les marchés, vantant les atouts et les bonnes idées du candidat Sarkozy alors complètement inconnu de la population. Un autre jour, en mon absence, quelqu'un a largué sur ma pelouse une tonne de tracts, disant à mon fils qui se trouvait là: ah! vous êtes le fils de la dame?!, mais sans pour autant me contacter ultérieurement.

Malgré cela, mon enthousiasme restait grand: on allait enfin avoir un président de ma génération et vous allez voir ce que vous allez voir. J'ai commencé à avoir une drôle de sensation quand, en autocars avec les autres sympathisants encartés, j'ai débarqué à Clermont-Ferrand où Mr Sarkozy allait faire un show devant des milliers de gens.

Pour commencer, dans le hall, il a fallu être fouillé. J'avais un couteau suisse dans mon sac en bandoulière... ah! un couteau! un couteau, les gars... branlebas de combat... confisqué!... passez et vous récupérerez votre couteau à la sortie. Ensuite, notre groupe a été averti que le candidat condescendait à recevoir la délégation de notre coin. Tiens! Cette idée me paraissait saugrenue, je ne suis pas allée serrer la main du candidat, je suis allée m'asseoir au milieu de la salle à côté de la dame avec laquelle j'avais fait le voyage en car. Quand il a été annoncé qu'on pouvait se raprocher pour voir le candidat président, on n'a pas bougé parce que le but n'était pas de le voir ou de le toucher, mais de l'entendre. Ma surprise fut grande quand une caméra sur pattes fut installée à quelque distance braquée sur moi pendant toute la séance! Bizarre.

Le discours, malgré mes réactions du moment, me mit très mal à l'aise. D'abord, la harangue avait commencé par du lèche-botte sur le grand passé de l'Auvergne commençant par Vercingétorix et finissant avec Giscard d'Estaing. Paraît que le centre de la France, c'était Clermont-Ferrand. N'exagérons rien! Mais bon, mon enthousiasme restait solide. Puis vinrent les piques et les attaques sur les copains, dont Mr Bayrou en ligne de mire. J'attendais autre chose. C'était donc ça, une élection présidentielle?

Rentrée à la maison, j'ai eu comme un dégoût des tonnes de tracts qu'il me restait à distribuer. J'ai continué jusqu'au bout car ma hantise était grande de voir la France gouvernée encore et encore par des gens psyco-rigides et engoncés dans un protocole d'un autre âge.

A l'annonce du succès de Mr Sarkozy j'étais très heureuse. Pas pour longtemps. Quand il a été annoncé que le soir même, il se tirait avec des potes à lui dans un restaurant chic d'une rue célèbre de Paris, j'ai reçu comme un coup de poing dans l'estomac. Quoi? C'était cynique, comme si tout ça, nous tous, nous n'étions que des crottes de caniche.

A partir de là, le capital sympathie pour le personnage a perdu de sa valeur jour après jour jusqu'à ne valoir plus rien du tout. Ce n'est pas son bilan qui l'a coulé. Non.

1 commentaire:

Frankie Perussault a dit…

Il me faut ajouter que, n'ayant pas du tout l'âme d'une groupie, je suis sortie dès que possible pour récupérer mon couteau. A ma grande surprise, il y avait la queue au vestiaire d'honorables messieurs qui se bousculaient pour récupérer le leur!!! Bin oui, en dehors de Paris, tout le monde a un couteau sur soi avec une lame et un tire-bouchon, prêt à dégainer pour couper du saucisson et ouvrir une bouteille de rouge...

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