vendredi 13 avril 2018

76. LA BLAGUE

C'était une blague, soi-disant. Un type avait raconté une blague en direct à la télé et avait été viré de son emploi. Un abus de pouvoir, une grossière erreur, avait commenté celui qui me racontait ça.

En creusant un peu, j'en étais cependant arrivée à penser que le type en question aurait dû, plutôt que d'être viré... être pendu en place publique.

Voici la "blague" :

- que dit-on à une femme qui a les deux yeux au beurre noir ?
- rien ! si elle n'a pas compris après deux essais, pas la peine d'insister.

Mon sang n'a fait qu'un tour. Quand j'ai entendu ça, j'ai d'abord eu l'impression de recevoir un coup dans le ventre, puis la colère et la haine me sont montées au nez. J'ai dû hurler mon indignation mais sans doute sans convaincre mon auditoire. Je voudrais maintenant, à froid, faire l'analyse de ces deux lignes de "blague".

Deux yeux au beurre noir indique une grande violence, des coups au visage répétés, venant d'un agresseur sans foi ni loi. Même un boxeur ne ferait pas ça à son adversaire. Deux yeux au beurre noir indique que l'attaque a été fulgurante et que la victime n'a eu ni le temps, ni le réflexe de se défendre. Comme il s'agit d'une femme qui a les deux yeux au beurre noir, on envisage rapidement une scène d'immonde violence conjugale.

Mais ce n'est pas tout. "Elle" n'a pas compris ! Car, pour faire comprendre quoi que ce soit à une femme, il faut user de la violence, ça va de soi. Une femme est d'une telle bêtise que pou lui faire entrer quelque chose dans le cerveau, il faut taper et taper dur. Si elle n'a pas compris ce que l'agresseur, un homme, son homme sans doute, a voulu lui dire, après avoir été frappée au visage violemment à deux reprises, ce n'est pas la peine d'insister. C'est-à-dire qu'il n'y a plus qu'à la laisser tomber là avec ses deux yeux au beurre noir.

Abjecte.

Ce que cette "blague" cache est encore plus abjecte.

L'homme se voit comme un être supérieur. Il considère la femme comme une créature bizarre qu'il n'est pas nécessaire de respecter en tant qu'être humain. Ce complexe de supériorité à lui seul est largement condamnable. Mais là, il est assorti de l'idée qu'un être supérieur a le droit, peut-être même le devoir, d'attaquer, de tabasser, de supprimer un être jugé inférieur. Dans mon vocabulaire, cette attitude-là s'appelle le fascisme. On est en droite ligne dans la logique d'un dictateur bien connu pour son application de la théorie des "sous-hommes".

Cette vision qu'ont certains hommes sur les femmes est une vision fasciste. Et ce n'est pas une blague.

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