mercredi 8 juin 2016

62. ALLÉGEANCE

D'après le dico, le mot "allégeance" signifie "obligation de fidélité et d'obéissance". Il avait jadis une autre signification, celle d' "allègement" dans le sens de l'expression 'tu m'enlèves un poids', c'est-à-dire d'un amour en tant qu'il rend tout plus léger autour de lui. Ainsi, l'allégeance est une obligeance qui rend léger.

Une allégeance implique donc une appartenance. Une appartenance à quelque chose de cher. Le lien d'amour est implicite.

Où je veux en venir?... La mère patrie demande fidélité et obéissance. Mais sans amour, il n'y a pas d'allégeance possible. En clair, on ne peut être fidèle et obéissant à sa patrie que si on l'aime. Et là, il faudrait cerner la signification du mot "patrie" qui fait référence au "père" et ça se complique quand on emploie l'expression "mère-patrie". Il s'agit donc d'une famille dont on est l'enfant. Bin oui bien sûr: Allons enfants de la patrie-i-e...

On peut être un enfant de la patrie par filiation, ou par adoption. L'appartenance à la patrie par adoption, c'est là que je veux en venir.

Ayant épousé un Australien et vivant en Australie (dans les années 1960 et 1970) j'ai vécu l'expérience d'avoir à choisir mon allégeance à une nation. A l'époque il n'y avait pas d'accord bilatéral entre la France et l'Australie qui autorisait quelqu'un à la bi-nationalité. Il fallait avoir son allégeance soit à la France, soit à l'Australie. J'étais donc en face d'un choix cornélien. J'étais enfant de la France par filiation de longue lignée et je voulais être enfant de l'Australie par adoption.

D'une part, ma mère-patrie d'origine me reniait si j'en choisissais une autre et d'autre part, l'Australie consentait à m'adopter parmi ses enfants si je faisais solennellement allégeance à ses lois et à sa culture, mais aussi à son chef suprême qui se trouve être jusqu'à ce jour, la reine d'Angleterre. Reniée par la France et avoir à jurer allégeance à la reine d'Angleterre, je n'ai pas pu. Ma nationalité et la possession d'un passeport y affairant ne pouvait être pour moi en aucun cas une affaire de papier et de timbre fiscal à y apposer. Ce n'était pas une marchandise, c'était un acte d'amour impliquant l'adoption d'une nouvelle famille dans laquelle j'allais vivre.



Trop romantique, mon histoire???  Non, elle est humaine, mon histoire. Nous ne sommes pas des petits robots, authentifiés et estampillés. Nous ne sommes pas des ordinateurs plus ou moins satisfaisants qu'on bazarde quand ils ne fonctionnent pas comme on voudrait. Il faudrait vraiment penser à ça quand on parle de naturalisation, d'asile, de déchéance, et d'enfants de la patrie.

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