69. Un bûcheron (2)

(suite du texte de Rufin)... "Des applaudissements nourris, bien maigres pourtant après ces emportements, montèrent du cercle des assistants. Le géant embrassa le manche de la hache et l'envoya d'une main se planter sur le plat de la souche. Il prit la serviette qu'on lui tendait et s'en épongea le haut du corps.

Plusieurs officiers vinrent le féliciter et faire des commentaires. Un homme vêtu en civil et ressemblant vaguement à un presbytérien anglais avec son habit noir boutonné de haut en bas s'approcha et lui dit un mot à l'oreille.

Le géant hocha la tête puis, regardant dans la direction de Saint-Août, lui fit signe d'approcher.

- Venez, dit le colonel à l'adresse de ses deux compagnons. Je vais vous présenter au tsar."

La surprise est totale, aussi bien pour les personnages du roman que pour le lecteur! Ce bûcheron, bien baraqué et habile, est le tsar, le grand chef de l'empire russe, Pierre le Grand lui-même.

Certes, c'est un roman. Mais dans la réalité certains peuples ont besoin de savoir que leur chef est un costaud capable d'un exploit physique. Son autorité est à ce prix. Pierre le Grand, Mao Tsé Toung, Ho Chi Minh. Du côté occidental, il ne semble pas que ce soit aussi probant. On n'a jamais vu Louis XIV abattre un arbre à la cognée. Ni Washington ou Bush, encore que... 

De façon contemporaine, chez nous, on pourrait penser que Mitterand essayait de se dépasser physiquement en grimpant la petite montagne à la Roche de Solutré. Il semblerait pourtant que c'était vu plus comme une ascension spirituelle que physique par la population qui l'avait élu comme son chef. Aujourd'hui qu'en est-il? Le président français actuel n'est certes pas un bûcheron. Celui d'avant non plus.

En France, à défaut d'un exploit physique, on demande plutôt à nos chefs d'être de bons vivants, un peu poète aussi. Je me souviens du tollé général quand on apprit par la presse, toute aussi étonnée, que le président de la république précédent ne buvait pas d'alcool et ne mangeait pas de viande. On aime se reconnaître dans ses chefs. On aime savoir qu'ils sont comme nous, issus de la même pâte, mais plus grands et plus forts. Et irréprochables bien sûr. Mais irréprochable n'a pas le même sens dans tous les pays. Chez nous, on tolère les écarts d'un président qui apporte des croissants en douce à une petite amie. Les Américains en font tout un plat. Chez nous, on a aimé Henri IV, bon vivant, costaud, et on n'a pas aimé Louis XVI chétif et un brin coincé. On a aimé Vercingétorix et François Ier qui ont payé de leur personne physique et qui pourtant on perdu, à Alésia ou à Pavie. 


Alors, pour être chef des Français, que faut-il faire? 


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